À Molenbeek, l’association néerlandophone Filter Café Filtré, subsidiée par Bruxelles mobilité, a obtenu que dans le cadre des travaux de construction du tram « Tour et Taxi » qui va passer notamment rue Picard puis rue Vanderstichelen, la STIB transforme en « rue apaisée » la partie de la rue Picard qui n’est pourtant pas directement concernée par ces travaux.
Trois des cinq administrateurs de « Filter Café Filtré Atelier vzw », qui a pour finalité de dessiner Bruxelles en vert et de fermer des rues l’été en espérant qu’elles le resteront définitivement, habitent à proximité immédiate de cette rue. Une pure coïncidence, évidemment.
Le projet de tram entre Tour et Taxi et la Gare centrale n’est pas nouveau. Ce qui l’est en revanche, c’est qu’en plus des travaux « de façade à façade » qu’elle doit réaliser sur le trajet de cette ligne, la STIB va devoir faire des travaux sur le bout de la rue Picard sur lequel le tram ne passera pourtant pas, entre la rue Vanderstichelen et l’avenue du Jubilé.
On le voit sur ce plan, ce tronçon de la rue Picard n’était, à l’origine, pas concerné par le projet.

Source : Document PDF mis en ligne par le direction du développement de la STIB.
Qu’à cela ne tienne. À l’été 2020, Filter Café Filtré, créée en 2019, peu après l’annonce du tracé définitif de la ligne de tram, organise, grâce aux subsides versés par Bruxelles mobilité, un « workshop » pour imaginer l’avenir de … la rue Picard. A cette époque, deux administrateurs de l’association habitent à proximité. Le quartier doit être plaisant car aujourd’hui, ils sont trois.
Le projet qui ressort de cet « atelier », que vous trouverez sur le site de l’association sous l’intitulé « Imagination Rue Picard Rue de l’Avenir« ‘, est présenté à Pascal Smet (Vooruit) et à Elke Van den Brandt (Ecolo-Groen), lors de la journée sans voitures, le 21 septembre 2020.

Et c’est ce même projet, à quelques variantes près, que l’on retrouve dans le projet définitif des travaux de la STIB présentés le 18 novembre 2023.


Dans le projet, les voitures peuvent encore circuler dans cette « zone de rencontre », mais la rue est mise en sens unique et le passage qui permet de franchir la voie de tram pour passer de l’autre côté de l’avenue du Jubilé est fermé. Du coup, seuls les riverains circuleront dans cette rue, pour y garer leur voiture dans l’un des nombreux garages qu’elle comporte. Une quasi « privatisation » de fait, comme un élu communal s’en est fait l’écho, ce qui a beaucoup ému les membres de l’association qui ne voient manifestement pas où est le problème.
Nous avons fait part de notre étonnement aux membres du cabinet de Mme Van den Brandt présents ce jour là, notamment M. Dussart, directeur de cabinet adjoint, M. Smeets et Mme Kawan, de la cellule mobilité du cabinet, ou encore Mme Henquet, du service communication de la STIB, mais nous n’avons pas obtenu de réponse si ce n’est que toutes les occasions sont bonnes pour « apaiser » Bruxelles. Dont acte.
Les contribuables qui auraient préféré qu’on entretienne correctement les parcs et aires de jeux déjà existants où ils vont jouer avec leurs enfants apprécieront ; ils comprendront qu’il y a des « priorités » dans la vie. La « société des égaux » et la « politique autrement » promis par Ecolo/Groen attendront encore un peu que l’effet d’évaporation se produise … Mais promis, un jour, ils bénéficieront eux aussi de cette politique finalement très néolibérale du « ruissellement » par le haut.